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24.04.2008
La réforme des institutions: pas mal, mais...
C'était dans le programme du candidat, le Président le fait.
Après le rapport de la commission Balladur sur la réforme des institutions de notre Vème République, c'est désormais officiel, la modification de la Constitution se fera cet été. Les parlementaires vont d'ailleurs commencer à y plancher. Alors une bonne ou une mauvaise réforme?
La réforme tient en une chose: le renforcement du pouvoir du Parlement et par la même, un meilleur contrôle de l'exécutif. Ainsi, le pouvoir de nomination appartenant au chef de l'Etat sera soumis à l'avis d'une commission parlementaire, le Parlement disposera d'un droit de regard sur l'ordre du jour ainsi qu'une participation, le nombre de commissions permanentes va passer à 8 au lieu des 6 actuelles, l'Etat d'urgence sera mieux encadré par le Parlement, l'utilisation de l'article 16 sera mieux contrôlé par le Conseil Constitutionnel, la possibilité pour les justiciables de faire saisir le Conseil Constitutionnel au cours de leur procès au moyen de la voie d'exception...
D'autres dispositions touchent à la nature même de la spécificité de notre République: ni un régime parlementaire, ni un régime présidentiel mais plutôt ce que l'on appelle un régime présidentialiste où le Président dispose de pouvoirs énormes sans aucun controle exercé par la représentation nationale (dans un régime parlementaire, le chef du gouvernement, qui dirige réellement la politique de la nation, est responsable devant le Parlement qui peut le renverser; dans un régime présidentiel, il est normal que le chef de l'État ne soit pas responsable, puisqu'il n'y a aucune collaboration théorique entre les deux pouvoirs, séparation stricte des pouvoirs oblige). La proposition consistant à autoriser le chef de l'État à s'exprimer devant le Parlement va dans le bon sens à mon avis: puisque c'est le chef de l'État qui conduit en réalité la politique de la nation, il est normal qu'il soit responsable. Cependant, pour que cette idée marche jusqu'au bout, il faut un vote des députés après l'intervention, ou la possibilité de débattre, ce que ne propose pas le projet de loi: dans ce cas, cette disposition, telle quelle, est inutile.
La réforme présente donc des avantages. C'est un début. Nullement une fin: elle est incomplète et ne va pas jusqu'au bout de ses idées. Ce qui manque à cette réforme est essentiel: la proportionnalité lors de l'élection des députés, afin que l'Assemblée reflète absolument la France; la modification du scrutin sénatorial qui, en l'état actuel, est trop restrictif, conservateur et pas assez démocratique. Un renforcement des pouvoirs du Parlement, oui mais il faut modifier en profondeur ce Parlement, nullement représentatif de notre nation: où sont les jeunes, la diversité, les petits partis politiques ayant quelque chose à exprimer (c'est en cela que la restriction du 49-3 me déplaît: si on accepte la proportionnelle, on sait qu'il pourrait ne pas y avoir majorité absolue, il faut donc des dispositions exceptionnelles permettant au gouvernement de continuer sa politique, afin d'éviter le blocage)... En ce sens, le Parti Socialiste ne votera pas le projet si rien est fait pour la proportionnelle et le Sénat. Ils ont bien raison. Quitte à réformer, même si l'ensemble est correct, exigeons le mieux.
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Commentaires
Une Constitution est avant tout ce que l'on en fait. Elle n'est ni bonne ni mauvaise. La Constitution états-unienne, tant vantée, n'a pu empêcher une administration néo-conservatrice de mener des guerres d'agression illégales, d'utiliser la torture, mettre ses citoyens sous surveillance et d'abolir de fait l'habeas corpus. A l'inverse c'est à partir des lois de Franco que Juan carlos a rétabli la démocratie espagnole.
La révision proposée de la Constitution me laisse une impression étrange, le soupçon d'une "entourloupe". Si revaloriser le rôle du Parlement est si important, pourquoi notre Président agit-il avec si peu de considération pour les parlementaires et le gouvernement ? Ne pouvait-il, dans ses actes, permettre au Parlement de jouer son rôle, au lieu de l'étouffer et de le court-circuiter ? Pourquoi vouloir inscrire dans les textes quelque-chose que l'on bafoue dans ses actes ?
A mon sens, ce ne sont pas tant les textes constitutionnels qui rétabliront l'équilibre des pouvoirs, mais la personnalité des élus qui occupent lesdits pouvoirs.
L'Assemblée Nationale, au lieu d'être représentative, est en fait très sélective :
- très peu de femmes face aux hommes
- pas de français issus de l'immigration
- très peu de salariés face aux fonctionnaires et aux professions libérales
- pas ou très peu de représentation de la gauche radicale, des Verts, du Mouvement Démocrate, du Front National, qui totalisaient 25% des voix aux dernières législatives.
La bonne façon de rétablir l'équilibre des pouvoirs, c'est de redonner au Parlement son rôle de lieu de débat ("parlement" : lieu où l'on se parle). Cela viendra naturellement s'il redevient réellement représentatif de la société française.
Les lois sur la parité vont permettre, à terme, de résorber le déséquilibre hommes / femmes. Une loi sur le statut de l'élu et du candidat pourrait lever les obstacles qui pénalisent les salariés et les classes moyennes dans l'accès aux fonctions électives.
La garantie du pluralisme, via une loi électorale juste, doit être inscrite dans la Constitution.
Ecrit par : Hervé de Bressy | 29.04.2008
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